INTO DAYS : Comment intégrer la préservation de la biodiversité dans les modèles économiques du Tourisme ?

© Annie Spratt

Les 29,30 et 31 janvier 2019, le Palais des Congrès de Cannes accueillera pour la première fois l’événement INTO DAYS, le nouveau rendez-vous de l’industrie du Travel. Réunissant acteurs privés et publics sous le prisme de l’innovation, la manifestation se veut fédératrice. Le tourisme durable fait partie des thématiques abordées. Antoine Cadi, Docteur en Ecologie et Directeur de la Recherche et l’innovation pour CDC Biodiversité, une filiale de La Caisse des dépôts, prendra la parole sur le sujet aux côtés d’Olivier Pollet, Cofondateur d’Escursia, et Arnaud Herrmann, Directeur du Développement Durable chez AccorHotels.

Quel sera le sujet de votre intervention et quels en sont les publics cibles lors d’INTO DAYS ?

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Antoine Cadi, Directeur Recherche et Innovation pour CDC Biodiversité, mettra son expertise en développement durable au services des acteurs du Tourisme lors d’INTO DAYS © CDC Biodiversité

J’interviendrai sur la thématique du Tourisme durable aux côtés d’Olivier Pollet, CEO d’Escursia, une agence spécialisée dans les séjours scientifiques au contact de la nature et Arnaud Herrmann, Directeur du Développement durable chez AccorHotels. Plus précisément, il s’agira d’expliquer aux acteurs du Tourisme qu’ils ont aussi leur part de responsabilité dans la restauration et la préservation des espaces naturels. La force des offres touristiques repose de manière importante sur la qualité du territoire sur lequel elles sont implantées. Certains acteurs ont déjà compris qu’un cadre favorable à la biodiversité permet de mettre en valeur leur destination. Il s’agira de voir comment les acteurs du Travel  peuvent intégrer la préservation de la biodiversité dans leurs modèles économiques. Une problématique qui concerne l’ensemble des acteurs publics et privés, quelle que soit leur taille.

En quoi est-ce un enjeu important pour les acteurs du Tourisme ?

Aujourd’hui, environ 40 % de l’activité économique mondiale repose sur les services gratuits fournis par la nature (fertilité des sols, pollinisation, qualité de l’eau etc), Il en est de même pour l’économie du tourisme dont le moteur repose largement sur la force de la promesse offerte par la destination: animaux ou plantes exotiques bien sur, mais aussi richesse d’un paysage, beauté d’un coup d’oeil, calme d’un cadre naturel préservé… Les acteurs du tourisme ont un devoir de préservation de ces ressources… d’autant plus qu’elles contribuent à l’attractivité de leurs offres. Le territoire constitue en quelque sorte la carte postale de l’offre touristique.

Par exemple, la carte postale touristique de l’Auvergne s’est construite notamment sur l’image des volcans éteints recouverts de prairies. Il s’agit d’un écosystème façonné par l’Homme. Il y a quelques décennies, les arbres ont commencé à repousser sur les volcans suite à la disparition du pastoralisme. Les acteurs régionaux ont alors décidé de remettre des bergers dans ces espaces pour rétablir le coup d’oeil et ainsi revenir à la promesse de cette destination. Ce type d’action ne peut pas être porté par les acteurs publics uniquement mais impliquer les acteurs privés, en particulier ceux du Tourisme.

Comment peuvent-ils faire de la préservation de la biodiversité un levier économique ?

Elle l’est par essence. À l’échelle mondiale, près de 70 % de la population vit en milieu urbain. Les séjours touristiques s’effectuent de ce fait principalement dans des milieux naturels en montagne, à la campagne ou à la mer. Imaginons demain que la dune du Pilat n’existe plus. L’impact sur l’activité économique et touristique de la région serait catastrophique. Pour éviter ce type de scénario, les acteurs du Tourisme doivent intégrer la préservation de la biodiversité dans leurs modèles économiques.

L’essentiel de l’activité touristique en Afrique repose sur ces modèles, notamment par la création d’aires protégées privées qui permettent à coup sur d’observer telle ou telle espèce attractive (lion, girafe, rhinocéros, éléphant…). En France nous pouvons aussi mettre en place des actions. Les initiatives de création de parcs naturels régionaux en sont d’excellents exemples. Leur vocation est d’animer un territoire pour en assurer la préservation, ces espaces préservés contribuent à l’attractivité de la destination vis-à-vis des touristes. Il existe de nombreux exemples allant dans ce sens.

Quel est le rôle des nouvelles technologies dans la préservation de la biodiversité ?

Les nouvelles technologies jouent principalement un rôle dans l’analyse de la dégradation de la biodiversité, ponctuellement dans le suivi des actions entreprises pour la restaurer et la protéger. Cependant, je voudrais rappeler que les nouvelles technologies n’apporteront jamais LA réponse à l’érosion de la biodiversité. A moins que l’on se satisfasse de découvrir la nature par écrans interposés ? Il faut protéger la nature, car elle porte en son sein, une forte capacité d’adaptation. Cette résilience qui lui a permis d’entretenir et multiplier les formes de vies au cours des 4,5 derniers Milliards d’années ! Penser que nous pourrions remplacer les abeilles par des drones pollinisateurs est une erreur profonde, et une stratégie qui aurait à terme de lourdes conséquences tant économiques, qu’en terme de qualité de vie et d’épanouissement des nos sociétés humaines. Le tourisme doit permettre de partager le message de la nécessité de protéger le vivant ou qu’il se trouve et quelque soit sa fonction.

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