Souffrance animale : les dérives du tourisme

Balade à dos d’éléphant, nage avec les dauphins… Derrière les photos de vacances : la dure réalité de la souffrance animale sur fond de tourisme.

« Pourquoi je ne monterai plus à dos d’éléphant », titre Pauline sur son blog, Graine de voyageuse, dans un article publié le 22 mars 2016. Lors d’un séjour en Thaïlande, elle se laisse tenter par la balade à dos d’éléphant.

L’expérience vire au cauchemar : « La vision des éléphants était très loin de celle que j’avais en tête », se rappelle Pauline. Privés de toute liberté, les pachydermes enchaînés et chargés d’imposantes nacelles en bois, se balancent de manière compulsive. « C’était limite un parking à éléphants », déplore la jeune femme. « À l’époque, je n’étais pas sensibilisée », regrette-t-elle.

Selfies avec des tortues

Charmeurs de serpents et singes danseurs stars de spectacles. Éléphants, dromadaires, ânes ou chevaux comme moyens de transport. Tortues et tigres, camarades de selfie. Ou encore cochons et lions, compagnons de balades. Dans l’ombre de ces activités touristiques se cache le spectre de la souffrance animale.

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« On ne peut pas contraindre un animal sans le faire souffrir », affirme Baptiste Mulot, responsable vétérinaire du ZooParc de Beauval (Loir-et-Cher). Privations alimentaires, sévices physiques, restrictions de liberté, les animaux sauvages destinés au tourisme endurent souvent des pratiques de dressage cruelles.

Pour être soumis à la volonté de l’homme, l’éléphant d’Asie subit un rituel millénaire violent. Le cornac (maître et guide de l’éléphant) entreprend de « faire sortir l’esprit de la forêt de l’éléphant », explique le vétérinaire.

Le géant capitule

En pratique, les jeunes pachydermes sont enfermés dans des box en bois étroits, immobilisés, ils sont notamment attachés par la trompe. Des témoignages et vidéos font état de châtiments corporels. Épuisé, le géant capitule et se laisse monter. Il devient alors « éléphant des villes ».

Plus radical, des anesthésiques sont administrés aux grands félins pour permettre aux touristes de les caresser en toute sécurité. « Cela a des conséquences à plein de niveaux », explique Baptiste Mulot. Une pratique qui endommage les organes comme le foie, les reins ou le cerveau et peut « aller jusqu’à la mort de l’animal », conclut le vétérinaire.

Comment savoir si un animal est en bonne santé ?

Outre la condition physique (maigreur, blessures), la « stéréotypie » est un signe de mauvaise santé de l’animal. Il s’agit d’un « comportement répétitif lié à un stress », explique le vétérinaire Baptiste Mulot. Par exemple : « le lion qui dessine un huit dans son enclos ou l’éléphant qui se balance d’une patte sur l’autre », précise-t-il .

Des animaux sauvages dont « la provenance n’est pas toujours connue », déplore Anissa Putois, membre de PETA France, association de défense des animaux. Ressource commerciale gratuite, ils sont régulièrement capturés dans leur milieu naturel. Parfois même arrachés aux soins de leur mère. Car plus ils sont jeunes, plus ils sont faciles à dresser.

Selon Baptiste Mulot, séparer le bébé de sa mère a deux conséquences. L’une physiologique : « L’animal sevré trop tôt ne finit pas correctement sa croissance» L’autre psychologique : « Il n’aura pas fini son éducation et n’aura pas les codes pour devenir un adulte et se comporter vis-à-vis de son espèce ou d’autres espèces»

« Livrés aux chasseurs de trophées »

Et que deviennent-ils, lorsque, trop vieux, ils ne peuvent plus remplir leur tâche ? En Afrique par exemple, certains dromadaires « sont achetés à des éleveurs, puis, quand ils ne peuvent plus porter de touristes, ils sont revendus pour la consommation », s’indigne Anissa Putois.

Les jeunes lions qui accompagnent les balades des touristes dans les fermes à félins d’Afrique – notamment d’Afrique du Sud – « sont livrés aux chasseurs de trophées » une fois adulte, selon les mots de Blandine Champagneur, chef de projet pour Guidisto, portail en ligne sur le volontariat.

Ce site internet répertorie des missions de volontariat dans le monde et alerte sur les « sanctuaires » ou « refuges » d’animaux sauvages malades ou victimes de pratiques cruelles.

Sur la base du rapport Taken for a ride réalisé par l’ONG World Animal Protection en 2017, Guidisto fait une liste des sanctuaires à éléphants vertueux et dans lesquels il est possible de faire du bénévolat. Elle est mise à jour sur la base de témoignages de voyageurs. Ils ont pour projet de proposer d’autres missions en Amérique du Sud, qui permettront d’aider les refuges locaux à soigner les animaux sauvages.

La prise de conscience du grand public

Comment éviter de participer à cette souffrance animale ? Privilégier les acteurs du tourisme responsable et ne pas hésiter à questionner les organisateurs de voyage. « Les tour-opérateurs sont de plus en plus sensibles à la question du bien-être animal », affirme Guillaume Cromer, président d’Acteurs du tourisme durable.

« Il y a une prise de conscience par le grand public et des certifications dans le développement durable ont vu le jour », poursuit-il. Depuis quelques années, des organismes indépendants tels que Agir pour le tourisme responsable et Travelife, évaluent les bonnes pratiques.

Aller à la rencontre des animaux autrement

Il existe des alternatives pour partager un moment privilégié avec un animal sauvage, dans le respect de son environnement et loin de la surexploitation commerciale. Magali Germond est professeure de yoga. Elle intervient dans des séjours à thème qui proposent de nager avec les dauphins : « Hors de question de les toucher, de crier, de sauter. Il faut y aller tout en douceur, avec calme et sérénité », raconte-t-elle.

À l’origine de ce programme Sea Dolphin, Frédéric Chotard, spécialiste de la nage avec des mammifères marin. Il a fait du respect de l’animal et de son environnement l’élément central de ces séjours en Mer rouge.

Sur sa goélette, il accompagne de petits groupes de touristes pour aller à la rencontre des dauphins à long bec. Mais sur place, « ce sont les dauphins qui décident, il n’y a pas d’intrusion », assure Magali Germond.

Pauline du blog Graine de voyageuse, vit aujourd’hui à Kuala Lumpur. Elle conseille de partir sur les traces des éléphants dans les forêts de Malaisie : « Vivre l’excitation de la recherche d’un éléphant, sans être sûr de le voir, mais qui est dans son environnement naturel ». Une expérience inoubliable, dans le plus grand respect de l’animal.

Source : Souffrance animale : les dérives du tourisme

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