Tourisme responsable, l’éveil des consciences

C’est une réalité : le tourisme responsable a dépassé l’effet de mode pour devenir un secteur structuré et construit autour d’exigences croissantes.

Longtemps considéré comme une niche, le tourisme responsable se développe de plus en plus, séduisant les voyageurs qui s’inquiètent de leur empreinte écologique, souhaitent avoir plus de contacts avec la population locale et veulent contribuer au développement de l’économie du pays qu’ils visitent. En France, le secteur se construit autour de deux grands labels, ceux de l’ATES et d’ATR, mais aussi d’acteurs qui revendiquent leur indépendance, comme l’association VVE. Tous s’efforcent, avec des exigences et des engagements plus ou moins stricts, de prendre en compte les impacts économiques, sociaux et environnementaux du voyage.

 

Alors que 2017 avait été proclamée Année internationale du tourisme durable pour le développement par les Nations unies, les touristes semblent être de plus en plus sensibles à l’impact de leurs voyages. Ainsi, dans un sondage publié en janvier 2018 par le comparateur de vols et de voyages Easyvoyage, 66 % des internautes interrogés disent considérer le tourisme responsable comme indispensable. “On assiste enfin à l’éveil des consciences ! Car si le tourisme a pour vocation d’ouvrir les esprits, de rendre intelligent en contribuant notamment au rapprochement des peuples et des cultures, son développement a aussi des conséquences néfastes”, a souligné Jean-Pierre Nadir, fondateur d’Easyvoyage, en commentant les résultats du sondage. Selon lui, “le tourisme dit durable ne doit pas être un marché de niche ou une simple tendance”.

“Les gens sont très sensibilisés dans leur quotidien à toutes les actions en termes de développement durable et se posent donc assez naturellement la question pour leurs vacances”, observe de son côté Caroline Mignon, directrice de l’Association pour le tourisme équitable et solidaire (ATES). “On est au-delà de l’effet de mode, assure-t-elle. C’est un secteur qui se construit.” Mais comment le voyageur peut-il s’y retrouver, surtout quand une foule de termes différents sont utilisés ? Le plus simple est de se référer à la pyramide établie par le chercheur Bernard Schéou dans son livre ‘Du tourisme durable au tourisme équitable. Quelle éthique pour le tourisme de demain ?’ (De Boeck, 2009).

À la base de cette pyramide, on trouve le tourisme durable, qui est défini par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) comme “un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil”. Ensuite, plus on monte dans la pyramide, plus le degré d’exigence éthique est élevé, mais moins les engagements sont diffusés largement dans le secteur. On trouve ainsi successivement le tourisme responsable, le tourisme social, le tourisme solidaire et enfin, tout en haut de la pyramide, le tourisme équitable.

Deux grands labels

C’est dans cette dernière catégorie que se classe l’ATES, qui regroupe 32 membres dont 18 voyagistes soucieux “de porter un tourisme plus respectueux des hommes et contribuant au développement équilibré des territoires visités”, indique Caroline Mignon. Pour être membre de l’ATES, un voyagiste doit forcément être une structure de l’économie sociale et solidaire, avoir uniquement une offre de tourisme équitable et solidaire, et respecter six critères obligatoires, dont par exemple une rémunération juste et concertée pour chaque personne impliquée dans l’accueil des voyageurs et le financement de projets locaux. “Dans les quatre mois suivant l’adhésion, le voyagiste est évalué sur 54 critères, dont 28 sont prioritaires, pour pouvoir se réclamer du label garanti tourisme équitable et solidaire”, détaille la directrice de l’ATES.

L’autre grand label du secteur en France est celui d’Agir pour un tourisme responsable (ATR), association originellement fondée par des agences de tourisme d’aventure mais dont l’objectif est aujourd’hui de “fédérer un maximum d’entreprises du voyage”, explique son directeur Julien Buot. “Contrairement à ceux de l’ATES, nos membres sont des entreprises à but lucratif mais nous souhaitons aussi être responsables. Pour être durable, le tourisme doit se préoccuper des conséquences qu’il peut avoir sur sa ‘matière première’. Sinon, le modèle économique lui-même sera remis en question”, estime Julien Buot. En clair, le secteur du tourisme, première industrie mondiale pesant 10 % du PIB de la planète, n’a aucun intérêt à scier la branche sur laquelle il est assis. Pour Julien Buot, “l’enjeu est vraiment de sortir de la niche”.

Compensation carbone

Dans cette perspective, ATR a rénové en 2015 le contenu du référentiel de son label qu’il délivre après un audit réalisé par l’organisme de certification Écocert. Seize critères sont obligatoires, dont informer le client sur les bonnes pratiques à adopter au niveau des destinations fragiles, échanger avec les prestataires sur les bonnes pratiques sociales et environnementales qu’ils pourraient adopter au niveau de leur structure, ou encore évaluer l’empreinte carbone de l’entreprise. “Le label est un outil pour animer une démarche de progrès”, souligne Julien Buot. Sur les 31 membres d’ATR, 21 sont labellisés (dont Atalante, les circuits “Découverte” du Club Med ou encore Voyageurs du Monde) ou en cours de labélisation.

“Le label est un outil pour animer une démarche de progrès”

“La labellisation ATR est une bonne chose mais elle a un côté minimum puisque c’est une norme qui doit être acceptée par l’ensemble des membres”, observe Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde. Ce spécialiste du voyage sur mesure a décidé d’aller plus loin en compensant, depuis le 1er janvier 2018, 100 % des émissions de CO2 générées par les transports aériens et terrestres de chacun de ses voyages, par des plantations. Une mesure qui représente un coût annuel de 1,5 million d’euros. “Le réchauffement climatique est une affaire très grave. Selon certains scientifiques, nous ne devrions même plus voyager en avion. Mais le voyage a une utilité sociale ainsi qu’une fonction économique majeure, souligne Jean-François Rial. Grâce à nos systèmes de compensation, nos voyages ont un impact carbone neutre.” Pour que la compensation fonctionne, “les plantations de forêts doivent être additionnelles, c’est-à-dire qu’il faut prouver qu’elles n’auraient pas eu lieu si nous ne les avions pas financées, et pérennes dans le temps”, détaille le PDG de Voyageurs du Monde.

Artisans du voyage

D’autres acteurs du secteur œuvrant aussi pour un tourisme responsable se tiennent à distance des labels, pour des raisons diverses. “Je ne suis pas convaincu qu’il faille toujours tout labelliser”, estime ainsi Pierre Le Roux, qui, après sept ans chez Alter Eco, a fondé Yumanlink. Cet organisme conçoit des voyages hors des couloirs touristiques à la rencontre de petits producteurs du commerce équitable en Inde, au Pérou, en Ethiopie et en Afrique du Sud. “Yumanlink s’inscrit totalement dans le voyage durable. Nous construisons les voyages avec les communautés sur place, qui ont toutes comme point commun d’être situées dans des endroits très reculés, et nous veillons à ce qu’ils soient respectueux des équilibres économiques, sociaux et environnementaux”, explique Pierre Le Roux.

“L’association Voyageurs et voyagistes écoresponsables (VVE) défend elle aussi une vision artisanale du voyage”

L’association Voyageurs et voyagistes écoresponsables (VVE), qui regroupe une vingtaine d’agences de voyages et plus de 5 000 voyageurs, défend elle aussi une vision artisanale du voyage. “Dans le réseau VVE, nous sommes tous des artisans”, explique Jean-Pierre Lamic, le directeur de cette association qui va organiser le premier Salon international de l’écotourisme, du voyage solidaire et participatif les 1er et 2 décembre prochains à Grenoble. Aux termes de “tourisme durable” ou “tourisme responsable”, Jean-Pierre Lamic préfère celui d’écotourisme. “Éco vient du grec ‘oikos’ qui veut dire maison. L’écotourisme est donc un tourisme qui respecte notre maison, c’est-à-dire la planète et ses habitants.”

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