Air France : l’avenir de la compagnie est-il menacé ?

Hier, à la veille d’un quatorzième jour de grève chez Air France, le gouvernement a averti que l’État ne viendrait pas à la rescousse de la compagnie, secouée par la démission de son PDG. Dès ce lundi matin, l’action d’Air France-KLM dévissait de plus de 13% à la Bourse de Paris…

« L’État n’est pas là pour éponger les dettes, venir à la rescousse d’entreprises qui ne feraient pas les efforts nécessaires de compétitivité », a prévenu le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, dimanche, sur BFMTV. Avant d’appuyer : « Ceux qui pensent que quoi qu’il arrive, l’État arrivera à la rescousse d’Air France et épongera les pertes d’Air France se trompent. »

L’État français contrôle 14% d’Air France-KLM, ce qui n’en fait qu’un « actionnaire minoritaire », a rappelé Bruno Le Maire. Delta Airlines ou China Eastern détiennent chacune 8,8% du capital. « Les 14% que l’État a dans le capital d’Air France, c’est l’argent des Français. Comme ministre de l’Économie, je suis comptable du bon emploi de l’argent des Francais », a mis en garde le patron de Bercy.

Panique chez les actionnaires

Dès ce lundi matin, à 10h13, l’action d’Air France-KLM dévissait de plus de 13% à la Bourse de Paris, lestée par l’annonce de la démission de Jean-Marc Janaillac, PDG du groupe jusqu’au 15 mai, qui plonge encore un peu plus le transporteur aérien dans l’incertitude. Depuis le début de l’année, le groupe, avec une capitalisation boursière de 3 milliards d’euros, a déjà cédé plus de 48%. Il s’agit de la pire chute sur l’indice élargi SBF 120 derrière Technicolor depuis janvier.

Rappelons que vendredi, Jean-Marc Janaillac a démissionné suite au désaveu des salariés du groupe, qui ont rejeté la proposition mise sur la table par la direction pour sortir du conflit en cours. La direction proposait, pour la période 2018-2021, des augmentations générales de salaires de 7% sur quatre ans, s’ajoutant aux augmentations individuelles, dont le versement aurait été lié aux résultats financiers.

Une grève qui s’essouffle

Mais les dix organisations de pilotes, d’hôtesses et de stewards et de membres du personnel au sol qui composent l’intersyndicale réclament quant à eux 5,1% d’augmentation en 2018, au titre d’un « rattrapage » nécessaire après six ans de gel des grilles salariales. Cette même intersyndicale a décidé de maintenir son préavis de grève pour ce lundi et mardi (demain). Air France prévoit toutefois d’assurer « près de 85% » des vols lundi. Il s’agit du taux d’annulation le plus bas depuis le début du mouvement.

De toutes parts, des doutes sur l’avenir de la compagnie commencent à émerger. « Cela met en péril non seulement les objectifs d’efficacité économique, mais aussi l’intégrité même du groupe », estiment les analystes de Société Générale. « Air France-KLM devrait éprouver les pires difficultés à attirer un manager de haut niveau », jugent les analystes d’Aurel BGC. « Si Air France ne fait pas les efforts de compétitivité nécessaires, qui permettront à ce fleuron national d’être au même niveau que Lufthansa ou que d’autres compagnies aériennes mondiales, Air France disparaîtra », a averti Bruno Le Maire.

L’entreprise est en danger

« J’en appelle au sens des responsabilités de chacun, des personnels navigants, des personnels au sol, des pilotes qui demandent des augmentations de salaires qui sont injustifiées : prenez vos responsabilités, la survie d’Air France est en jeu », a-t-il insisté. Le ministre, ainsi que de nombreux observateurs, craignent un scénario catastrophe : une faillite comme celles des compagnies historiques Swiss Air ou Alitalia.

« Quand on a le niveau de rémunération actuel des pilotes, que l’on sait que l’entreprise est en danger, on ne demande pas des revendications salariales aussi élevées », a-t-il conclu. Les principaux intéressés apprécieront.

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