Iles Vanille L’obstacle aérien

Plus de sept ans après sa création, quel bilan pour le regroupement îles Vanille ? L’offre, vendeuse à l’international et pour les croisières, est quasi stagnante au niveau des vols et du tourisme inter-îles. L’aérien serait-il un frein à l’ancrage permanent de ce concept touristique dans la région ?

Les nations insulaires de l’océan Indien ont fait un bond en avant en 2010 en s’associant pour la création des îles Vanille, organisme visant à favoriser le tourisme dans l’océan Indien et particulièrement le tourisme inter-îles. Il regroupe les Seychelles, Maurice, La Réunion, Mayotte, Madagascar et les Comores (les Maldives ont pris la porte de sortie en 2016). Chaque pays en a assuré la présidence sur une base rotationnelle annuelle. Plus de sept ans après, le bilan est plutôt positif, apprend-on, alors que la fréquentation touristique dans l’océan Indien progresse continuellement

Outre le fait de tabler sur la diversité socio-culturelle et paysagère originale de la région, l’ambition des îles Vanille est aussi de supporter la concurrence internationale, à l’instar des Caraïbes qui disposent des mêmes atouts, cependant avec des tarifs plus avantageux en matière de liaisons aériennes depuis ses principaux marchés émetteurs entre les îles. Globalement, les îles de l’océan Indien représentent moins de 1 % du flux touristique global – sur les 500 millions de touristes qui prennent l’avion chaque année, l’indianocéanie n’attire que 2 millions à peine, soit 0,04 % en 2012.

La Commission de l’océan Indien (COI), qui apporte son soutien au développement de ce label, l’a fait ressortir à plusieurs reprises : le concept îles Vanille ne sera réellement porteur qu’à condition d’une redé- finition de la stratégie aé- rienne régionale, notamment en ce qui concerne la mobilité inter-îles.

Au regard des chiffres, le bilan est plutôt satisfaisant, observe Pascal Viroleau, Chief Executive Officer des îles Vanille. Les combinés, avance-t-il, ont beaucoup progressé, avec aujourd’hui plus de 100 000 personnes arrivant dans l’océan Indien pour visiter au moins deux îles. Alors qu’au niveau des croisières, le chiffre a été multiplié par trois depuis 2014. «L’objectif de compter 500 000 passagers en 2020 sera atteint. Le concept a été créé en 2010 et le démarrage s’est fait progressivement. Ce n’est que depuis 2014 qu’une équipe et des moyens dédiés permettent la réalisation d’actions d’envergure», note Pascal Viroleau.

Celui-ci souligne que pour l’heure tous les objectifs ont été atteints, dont la mise en place d’ateliers de formation pour les comités du tourisme. Questionné sur le fait que le regroupement îles Vanille pourrait n’être qu’un slogan creux, Pascal Viroleau argumente qu’au contraire, les chiffres sont éloquents. Ainsi, il fait ressortir que les arrivées inter-îles pour les croisières sont passées de 14 000 à près de 40 000 en trois ans. Les perspectives s’annoncent ainsi bonnes pour les saisons à venir.

Le concept ne sera porteur qu’à condition d’une redéfinition de la stratégie aérienne

une destination touristique de choix

Alain St. Ange, ancien ministre du Tourisme des Seychelles et ancien président du concept îles Vanille, abonde dans le même sens. Il rappelle que Pascal Viroleau participe à plusieurs événements internationaux autour du tourisme pour fédérer le concept et véhiculer le message des îles Vanille. Cette mission prend du temps et requiert la ténacité d’y croire afin de pouvoir concrètement positionner l’océan Indien comme une destination touristique de choix

«Lorsqu’on parle d’un groupe, il est important à la fois de rester unis et de ne pas freiner les dynamiques. C’est pour cela qu’il existe des actions bilatérales entre deux ou plusieurs îles afin de permettre à tout le monde de trouver son compte», fait part Pascal Viroleau. Or, la question de l’aérien a divisé les composantes des îles Vanille à plusieurs reprises. Le rêve d’une ligne aérienne régionale qui faciliterait les combinés inter-îles se dessine encore dans les grandes lignes. Dans une étude publiée en juillet 2013 (The way forward for Indian Ocean Island tourism economies: Is there a role for regional integration?), la Banque mondiale recense les principaux défis de la connectivité aérienne en indianocéanie. Elle pointe du doigt l’étroitesse des routes aériennes régionales et des fréquences, et souligne le coût exorbitant des vols intrarégionaux (613 % plus chers que les vols intra-européens ; 182 % plus chers que les vols intra-caribéens).

Alors qu’un rapport de la COI intitulé Les ailes de l’indianocéanie : plaidoyer pour une stratégie régionale du transport aérien, met en exergue le fait que de manière générale les interventions des gouvernements dans la vie économique, en particulier les innovations fiscales désordonnées, la préférence donnée aux accords bilatéraux et les barrières protectionnistes qui obéissent à une logique d’urgence, constituent autant d’obstacles à l’intégration régionale, tandis que l’industrie aérienne doit sa croissance à celle du flux du commerce et de passagers, ces politiques de gribouille ont eu raison d’Air Océan Indien et ont contribué au ralentissement économique.

Cependant, Pascal Viroleau le souligne d’emblée : le développement de l’aérien ne fait pas partie de la mission des îles Vanille. «Cela dit, certaines lignes aériennes ont mis en place des tarifs particuliers pour des combinés, alors que d’autres nous soutiennent un peu plus, en nous permettant de faire venir des journalistes ou de nous déplacer», indique-t-il. L’action principale, observe Pascal Viroleau, se fait principalement sur les croisières et directement auprès des compagnies car le marché est particulier et la demande est supé- rieure à l’offre.

Une ligne aérienne régionale nécessaire

La clef, poursuit-il, réside dans le fait d’avoir des bateaux positionnés. La direction de l’action des îles Vanille sur les combinés inter-îles est ainsi secondaire par rapport à la croisière. «Elle n’intervenait que sur des marchés spécifiques, sur lesquels les principaux tour-opérateurs ont non seulement été sensibilisés, mais encore où une aide leur a été apportée pour le développement de leurs produits», soutient-il.

C’est ce fait précis que dé- plore le rapport de la COI. Peuton prétendre promouvoir l’attractivité touristique de la région tout en se passant d’une desserte intra-régionale économique et à fréquence régulière ? Comment les petites compagnies aériennes de la région font-elles face à l’augmentation des coûts d’opération ? Servent-elles de façon adéquate les intérêts de leurs clients : touristes, passagers de la région et opérateurs économiques ? Les prix en vigueur sont-ils justifiés par rapport à ceux pratiqués dans le reste du monde ? Les compagnies aériennes régionales sont-elles viables à moyen et long termes ? Peuvent-elles résister aux majors internationaux et au phé- nomène de concentration ? Peuvent-elles abandonner leur logique de concurrence au profit d’une réelle mutualisation de leurs ressources et de leurs moyens ? Peut-on envisager une compagnie régionale issue de la fusion des actuelles compagnies ? Quel rôle accorder aux compagnies nationales ? À quel niveau situer l’action de l’État ? Autant de questions que soulève ce rapport.

Pour Alain St. Ange, certaines des lignes aériennes régionales ont joué le jeu en étant des partenaires solides alors que d’autres auraient pu mieux faire. Certaines lignes aériennes des membres des îles Vanille, selon lui, n’ont pas encore pris conscience du fait qu’un label îles Vanille solide contribuerait à leur propre succès. Il est confiant que tôt ou tard elles seront plus aptes à faire preuve d’initiative. Entre-temps, observe Alain St. Ange, elles passeront peut-être par des moments difficiles faute de tirer profit d’un tel avantage

Il donne à ce sujet une explication très simple : la politique. Une ligne aérienne régionale se pré- sente comme une condition sine qua none pour le tourisme dans la région. Or, elle pourrait nuire à la bonne santé commerciale des opérateurs locaux. Cette solution est cependant un mal nécessaire si l’on veut accéder au développement du tourisme inter-îles et concrètement booster ces économies, insiste Alain St. Ange et d’ajouter : «Une chose est sûre : ce sont les populations des îles respectives qui en sortiront gagnantes». Autant de facteurs qui poussent Pascal Viroleau à affirmer que les îles Vanille ne sont pas qu’un slogan, et cela malgré les efforts nécessaires à son réel positionnement en tant que label permanent.

Source : Iles Vanille L’obstacle aérien
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