François Tourisme Consultants ou le triptyque parfait

Développement durable, biodiversité, sécurité, depuis plus de vingt ans, le cabinet François Tourisme Consultants accompagne les professionnels du tourisme pour s’adapter toujours plus au monde de demain. Rencontre avec son fondateur et président, Philippe François, qui après ECORISMO et BIORISMO, se lance dans un nouveau chantier avec SECURISMO. Un triptyque qui pourrait s’avérer la formule idéale pour les professionnels du tourisme puisqu’on n’est jamais aussi stable que sur trois pieds.

VA/ Entre autres activités, votre cabinet de consulting s’est spécialisé dans l’hôtellerie, avez-vous noté une évolution significative des hôteliers vers le durable ces dernières années ?

Nous avons deux types de clients, des entreprises (hôtels, spas, casinos, golfs…) ou des territoires (stations, destinations, etc.). En ce qui concerne l’hôtellerie, il y a vraiment une prise de conscience.De plus en plus d’hôtels font appel à des consultants ou adhérent à des chartes, labels, et autres mouvements vers le durable. J’ai d’ailleurs tendance à interroger les hôteliers sur leurs engagements lors de mes nombreux déplacements en France et à l’international et autant il y a cinq ans, je recevais une réponse vague à mes questions, autant à présent, il n’y a plus de surprise, on me dit : « Il faut que je m’y mette ». De nos jours, rares sont les hôteliers qui ne savent pas ce que c’est ou qui n’en ont jamais entendu parler.

VA / Le problème de la mise en pratique ne vient-elle pas du déficit de formation. Finalement, forme-t-on si bien que cela les professionnels du tourisme au durable en France ? N’a-t-on pas comme toujours un train de retard sur les pays anglo-saxons ?

On n’est pas en retard, on est au point zéro. On ne les forme que trop peu à ces questions. Et pourtant, l’hôtellerie serait prête à se lancer dans des certifications, mais on nous répond que ce n’est pas dans les programmes officiels de formation. Tant qu’au sommet de la pyramide  les ministres ne prévoient pas une à deux  heures par semaine de cours sur le développement durable dans les écoles hôtelières et universités de tourisme, rien ne se fera. Et pourtant, le développement durable est la solution d’optimisation de l’efficacité, une solution transversale par rapport à la technologie de cuisine ou au management hôtelier. Moins gaspiller les aliments, mieux gérer ses déchets, ses achats, savoir acheter, auprès de producteurs locaux, autant de questions trop peu enseignées. Evidemment, certaines écoles sont plus ouvertes, plus actives dans ces domaines mais elles se heurtent aussi au déficit de professeurs formés à ces sujets, au manque  de manuels scolaires. Vous venez d’éditer un ouvrage, moi-même j’en ai réalisé une bonne vingtaine, tous sont gratuits, peuvent se télécharger en ligne, mais tant qu’il n’y aura pas une véritable impulsion de la part du ministère, que ce soit sur le développement durable, mais aussi sur la biodiversité ou la sécurité, les choses ne progresseront pas.

VA/ ECORISMO est une formule qui marche bien. Allez-vous la poursuivre, la faire évoluer ?

Nous allons la poursuivre, sans aucun doute, puisque nous venons d’organiser la 15e édition (à Ottawa, Canada) et ce dans quatre pays à présent. Pour les deux-trois ans à venir, nous avons de nouveaux projets en France et à l’étranger, avec nos formules légères mais aussi nos rencontres plus conséquentes impliquant 1000 à 2000 professionnels et une centaine d’exposants par évènement. Nous pensons aussi à des ECORISMO thématiques, parce qu’un hôtel ou un territoire en Dordogne n’aura pas les mêmes soucis qu’un établissement à 3 000 mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes. A Paris, par exemple, certains hôteliers très hauts de gamme se posent de nombreuses questions sur le développement durable, sur la réglementation. Ces questions, sont, bien sûr, différentes des questions d’un hôtel de plage familial !

VA/ Un petit mot sur le label BIORISMO que vous avez créé en 2015, rencontre-t-il le succès escompté ? Combien de destinations ou activités touristiques ont pu l’expérimenter à ce jour ?

BIORISMO a été créé suite au projet de l’état de mettre en place une stratégie nationale sur la biodiversité. A l’époque, j’étais allé rencontrer le directeur du tourisme à Bercy et nous avions fait une étude, qui avait donné lieu à une publication : « Biodiversité et Tourisme ». Elle est toujours téléchargeable gratuitement sur notre site internet. Toutefois, cela ne nous avait pas paru suffisant pour développer l’action biodiversité dans le tourisme et nous avions  souhaité mettre en place en sus un outil pédagogique. Cela s’est traduit par un référentiel comptant 140 indicateurs, BIORISMO, un outil sur mesure d’apprentissage et de reconnaissance pour les destinations et activités touristiques. Malheureusement, à l’heure d’aujourd’hui, nous ne sommes pas assez nombreux dans notre cabinet-conseil pour nous en occuper. Encore récemment, à Top Resa, un hôtelier de la Martinique m’a interrogé à ce sujet. Il possède un hôtel magnifique et souhaitait mieux gérer son parc, son potager, ses oiseaux, etc. Pour l’heure, nous avons toutefois une trentaine d’établissements certifiés BIORISMO, à l’image du camping du Château le Verdoyer situé dans le Parc naturel régional Périgord Limousin.

VA/ La biodiversité étant un sujet qui vous tient à cœur, êtes-vous pour une limitation des fréquentations touristiques sur certains sites lorsque cela s’impose ?

Oui, bien évidemment, à partir du moment où cela commence à nuire au site et aux personnes qui vivent autour. C’est d’ailleurs une des signatures de notre cabinet, on ose dire stop, affirmer qu’il faut limiter le tourisme dans certains endroits. En revanche, ce n’est pas toujours simple à gérer. Cela peut l’être lorsqu’il faut freiner le nombre de clients sur certaines rivières de Dordogne, on peut alors limiter le nombre de canoës à louer. En revanche, j’ai été amené à travailler sur une mission difficile au Rwanda, visant à  limiter le tourisme sauvage vers les gorilles à dos argentés. C’était compliqué. Nous avons trouvé des solutions mais cela reste de mauvaises solutions, avec des guides traqueurs et des militaires, car nous sommes dans des régions avec des problèmes de frontière. Nous avons aussi rendu l’accès aux volcans de la région très cher, pour limiter le nombre de touristes. J’ai eu un souci similaire à Pétra, alors que j’étais conseiller spécial du Ministre du tourisme jordanien. Pour faire face aux touristes qui se rendaient par milliers sur le site, nous avons été obligés de mettre en place des listes d’attente pour accéder au site. C’est aussi une mauvaise solution. On aurait pu réduire le nombre d’hôtels, ce que l’on a essayé, mais les autorités et tribus locales n’ont pas réussi à freiner les investisseurs privés. J’ai toutefois réussi à persuader le ministre de ne pas construire un hôtel surdimensionné dans le Wadi Rum, en lui expliquant que cela pomperait de façon insupportable les faibles réserves en eau. Nous avons finalement fait le choix d’implanter l’hôtellerie sur Aqaba afin que les touristes se rendent ensuite dans le désert en voiture ou taxi et préservent ainsi le désert.

VA/ Le grand public persiste à mal connaitre le tourisme durable, comment faire en sorte que cela change ?

C’est de la responsabilité des opérateurs et des territoires. Mais au sein de notre clientèle, et notamment dans le domaine du luxe, les choses progressent. Par exemple, dans les grands établissements, on ne donnera plus trois tranches de pain si une suffit : c’est une image. Avant, on pensait que le luxe était synonyme de profusion, on avait peur de la réaction du client. A présent, les nouveaux managers des hôtels de luxe ont compris qu’au contraire, ne pas gaspiller était un  gage de professionnalisme. Et le client le saisit très bien. Dans les établissements plus modestes, les hôteliers doivent aussi comprendre qu’ils vont montrer leur professionnalisme en triant leurs déchets, en l’expliquant aux clients, en mettant deux poubelles au lieu d’une, en communiquant sur leur potager bio, les produis locaux, etc. Récemment, dans un hôtel, ici en France, on m’a servi au petit déjeuner de la confiture dans une petite barquette en plastique industrielle. C’est une hérésie, quand on sait que nous avons ici tous les fruits que l’on veut et qu’il est si facile d’acheter ou de faire des confitures maison. C’est une question d’éducation, de formation. Ceci il faut l’enseigner dès l’école hôtelière. Or le client sera content si on lui explique que la confiture est maison.

VA/ Une dernière actualité, un projet à nous dévoiler ?

Oui, je considère qu’outre le développement durable et la  biodiversité, il y a un 3e pied qu’il faudrait mettre en avant, c’est la sécurité. J’ai récemment été invité à Las Vegas par l’Association Internationale de la Police pour plancher sur le thème du Tourisme et de la Sécurité. Au milieu de 300 policiers et agents de sécurité, j’ai réalisé que c’était un vrai sujet, et qu’au-delà du développement durable, il convenait de mettre en place des systèmes sur la sécurité des personnes et des biens dans le tourisme.  Nous sommes donc en train de créer SECURISMO, un ensemble de solutions sur la sécurité qui touchent à de nombreux sujets de fond tels les questions politiques de réglementation, le cas des réfugiés politiques, mais aussi plus concrètement pour les hôtels et campings, la façon de gérer tous types de dangers, que ce soit le feu, des trouble-fête, des questions de vols, jusqu’au terrorisme. Cela fait 21 ans que je m’occupe des questions de « tourisme responsable » et je réalise qu’il y a là un vrai sujet de société sur lequel on n’est absolument pas prêt. Evidemment, pas question d’aseptiser les sites ou les hôtels, cela doit rester des lieux de liberté, mais il faut réfléchir à des aménagements de sécurités discrets, à l’image des villes qui repensent aujourd’hui leurs aménagements urbains pour contrer les actes de terrorisme. Il y a donc certaines choses qu’il va falloir savoir accepter pour vivre plus librement.

Source : François Tourisme Consultants ou le triptyque parfait.

Pour rappel, Madagascar Hôtel Consultant représente le cabinet François Tourisme Consultant à Madagascar et sur l’ensemble des Iles Vanille.