Des cadres d’Air Madagascar  ne sont pas du tout contents de l’issue du partenariat stratégique avec la compagnie réunionnaise, qu’il qualifie d’échec . Dans  l’anonymat, certains parlent d’insultes envers leur compagnie et envers les Malgaches.

Les personnalités malgaches, qui avaient négocié le partenariat stratégique entre Air Madagascar et Air Austral, auraient-elles agi avant tout pour l’intérêt de la compagnie réunionnaise ? C’est la question que se posent des cadres de la compagnie en constatant qu’au final, ce partenariat a peu apporté à la compagnie malgache qui se trouve encore et toujours dans une situation catastrophique, aussi bien sur le plan financier que sur celui de l’exploitation.

Sans risque financier. Les retards et incessantes annulations des vols continuent de ternir l’image de la compagnie aérienne nationale, qui n’arrive toujours pas à retrouver son équilibre financier. La récente démission du désormais ancien directeur général d’Air Madagascar, Besoa Razafimaharo, constitue une des manifestations extérieures de la crise qui mine Air Madagascar, dont l’alliance avec Air Austral joue plutôt en faveur de ce dernier. Les propos tenus récemment par le DG d’Air Austral, Marie-Joseph Malé, dans une interview qu’il a donnée le 15 décembre 2019 au magazine Tourmag, témoignent justement de cette stratégie  d’Air Austral d’acquérir une partie d’Air Madagascar facilement, et sans aucun risque financier. À la question de Tourmag sur les risques financiers qu’Air Austral prend dans cette opération, Marie-Joseph Malé a en effet répondu que « tout le monde a l’impression qu’Air Austral a mis beaucoup d’argent. Mais pas tellement finalement ». Et d’ajouter que

« ce n’est pas un gros risque. Financièrement, il n’y a pas de risques. » Des propos considérés comme une insulte à un pays tout entier, selon des cadres d’Air Madagascar, qui en ont visiblement assez de cette domination de l’équipe d’Air Austral au niveau de l’instance dirigeante d’Air Madagascar.  Une domination des Réunionnais sur les Malgaches, confirmée d’ailleurs par le DG d’Air Austral dans son interview. En effet, Tourmag lui a demandé si les équipes d’Air Austral tenaient les rênes. Ce à quoi Marie-Joseph Malé a répondu par l’affirmatif : « Oui, nous avons le management. Par accord, Air Austral possède 45%, mais c’est aussi nous qui avons nommé le DG. Et tout se passe bien », a-t-il répondu. Effectivement, des directeurs généraux adjoints étrangers nommés par Air Austral font actuellement la pluie et le beau temps au sein d’Air Madagascar.

Argent de la CNaPS. Une compagnie aérienne nationale qui a toujours été considérée comme le porte-étendard de la Grande île, mais qu’une compagnie régionale est en train d’acquérir avec une facilité manifeste. Sous couvert d’anonymat, des cadres malgaches de la compagnie affirment que, dans cette opération, Air Austral aurait racheté 49% du capital d’Air Madagascar pour 15 millions de dollars avec les fonds que la CNaPS y aurait injecté sous forme de participation au capital. Quant aux 25 millions de dollars qu’Air Austral doit investir, il n’y en a pour l’instant aucune trace. Pire, Marie-Joseph Malé renvoie la balle au gouvernement malgache qu’il accuse de ne pas avoir respecté son engagement. ll le dit ouvertement dans son interview à Tourmag : « Avec les 15 millions de dollars que nous avons apporté en capital, et 25 millions que nous apporterons sous forme de prêt. Nous avons versé les 15 millions de dollars, c’est pour cette raison que nous avons 45% du capital, même un peu plus. Les 25 millions de dollars restants étaient conditionnés dans le temps par le respect des engagements pris par le gouvernement malgache. Et ils ne l’ont pas fait. » En somme, pour Air Austral,  c’est la partie malgache qui est défaillante dans cette affaire.

En tout cas, ce n’est pas avec sa  situation financière fragile actuelle qu’Air Austral va pouvoir débloquer cet investissement de 25 millions de dollars. On sait en effet que sur l’exercice 2018-2019, cette compagnie a accusé une perte – 4,51 millions d’euros. C’est justement pour tenter de résoudre ce déficit qu’Air Austral serait en train de prévoir une augmentation de son capital. Du coup, la CNaPS risque de perdre au change si elle n’est pas en mesure de suivre cette augmentation de capital. Un danger pour les retraités malgaches qui sont en fait les propriétaires des fonds gérés par la CNaPS. Par ailleurs, Air Austral semble actuellement lorgner sur  la partie qui reste encore rentable et prometteuse d’Air Madagascar : le réseau domestique. Le DG d’Air Austral le fait d’ailleurs entendre dans son interview accordée à Tourmag, qui évoque la filiale Tsaradia du réseau intérieur : « Oui à 100% [Tsaradia est à Air Madagascar]. Sans doute, dans le cadre des négociations que nous menons, nous souhaiterions éventuellement substituer une partie de ce que nous avons dans Air Madagascar vers la filiale. Mais, après tout, vous savez, nous avons fait le travail en les aidant, et nous sommes positionnés comme il faut. » Il reste à savoir si les autorités actuelles, qui ont aussi leurs idées pour faire… redécoller Air Madagascar, se laisseront faire face à ce diktat d’une compagnie régionale elle-même en difficulté. Il y va de la fierté nationale.

Source : Air Madagascar – Air Austral: Échec du partenariat stratégique selon des cadres de la compagnie nationale

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