Tourisme et hôtellerie à Madagascar en 2026 : un secteur en reprise, mais encore fragile

You are currently viewing Tourisme et hôtellerie à Madagascar en 2026 : un secteur en reprise, mais encore fragile
  • Temps de lecture :7 mins read

Le premier semestre 2026 confirme une reprise progressive du tourisme à Madagascar, portée par une fréquentation en hausse et plusieurs rendez-vous professionnels majeurs. Mais, pour les acteurs de l’hôtellerie et de la restauration, cette dynamique reste fragile : elle se heurte à un budget public en net recul et à des besoins croissants en compétences. Voici les faits marquants de ces six premiers mois et ce qu’ils signifient pour les opérateurs du secteur.

Une reprise visible de la fréquentation touristique

Les premiers chiffres de l’année traduisent une dynamique encourageante. Selon les statistiques provisoires du ministère du Tourisme et de l’Artisanat, Madagascar a enregistré environ 71 190 arrivées touristiques au premier trimestre 2026, soit une progression de 12 % par rapport à la même période de 2025. Le rythme s’est maintenu sur les mois suivants : la ministre du Tourisme a annoncé près de 86 700 visiteurs non-résidents sur les quatre premiers mois de l’année, pour environ 536 milliards d’ariary de recettes générées, comme l’a rapporté Midi Madagasikara à l’occasion du salon ITM.

Cette remontée profite à toute la chaîne de valeur touristique : hôtels, restaurants, agences de voyage, transporteurs et prestataires de loisirs. Elle confirme aussi l’intérêt grandissant pour une offre malgache mieux structurée et plus compétitive, à l’heure où la destination ambitionne d’atteindre le million de touristes d’ici 2028.

Un budget public en décalage avec les ambitions du secteur

La place du tourisme dans les finances publiques a été l’un des sujets les plus débattus du semestre. D’après L’Express de Madagascar, l’enveloppe allouée au ministère du Tourisme et de l’Artisanat est passée de 961 milliards d’ariary en 2025 à seulement 16 milliards en 2026, avant qu’un premier réajustement de 6 milliards d’ariary ne soit prévu dans la loi de finances rectificative.

Ce décalage interroge alors que le tourisme contribue, effets directs et indirects compris, à environ 15 % du PIB national. Pour les professionnels de l’hôtellerie-restauration, le message reste le même : sans promotion soutenue, sans infrastructures adaptées et sans investissement dans la qualité de service, la reprise actuelle reste vulnérable aux chocs conjoncturels.

Les événements marquants

L’ITM-IHM 2026 met le tourisme intérieur à l’honneur

Du 11 au 14 juin 2026, le Centre de Conférences d’Ivato (CCI), à Antananarivo, a accueilli la 12ᵉ édition de l’ITM (International Tourism Fair Madagascar) couplée à la 3ème édition de l’IHM (International Handicraft Fair Madagascar), dédiée à l’artisanat. Organisé par l’Office National du Tourisme de Madagascar en partenariat avec le ministère, l’événement a rassemblé plusieurs centaines d’exposants autour du thème du capital humain, avec une orientation forte vers la promotion du tourisme intérieur et la valorisation de l’artisanat durable, selon le site officiel de l’ITM.

GASYK’ART Manja à Suèvres : une vitrine de Madagascar en France

Le semestre a aussi été marqué par un temps fort de promotion à l’international. Du 14 au 17 mai 2026, le Domaine du Coq Noir, à Suèvres, en région Centre-Val de Loire, a accueilli la première édition de GASYK’ART Manja, portée par le ministère du Tourisme et de l’Artisanat en collaboration avec la diaspora malgache en France. L’événement, confirmé par l’Office de Tourisme Blois Chambord – Val de Loire, a mis à l’honneur l’artisanat malgache, les savoir-faire traditionnels et la richesse touristique du pays auprès de plusieurs milliers de visiteurs.

Dans le contexte du premier semestre 2026, ce salon a joué un rôle clé de promotion extérieure, en valorisant Madagascar auprès du public français et européen tout en créant un espace de rencontre entre culture, tourisme et artisanat.

D’autres rendez-vous ont rythmé l’agenda touristique du semestre

Au-delà des grands rendez-vous économiques et de promotion extérieure, l’agenda touristique malgache a été marqué par plusieurs initiatives relayées par l’Office National du Tourisme de Madagascar (ONTM) sur son site officiel.

Dès le 9 février 2026, l’ONTM a annoncé l’ouverture des inscriptions à l’ITM et à l’IHM, en présence de la ministre du Tourisme et de l’Artisanat. Le processus, entièrement digitalisé depuis 2025 via la plateforme Vanilla Pay, laissait déjà entrevoir une collaboration avec 50 sponsors et partenaires pour cette nouvelle édition, comme le détaille l’ONTM.

Du 12 au 14 mars 2026, le salon « Tsenaben’ny Fizahantany » a tenu sa 11ᵉ édition au Jardin d’Antaninarenina, réunissant vingt-quatre exposants autour de la promotion du tourisme national. Les statistiques de Madagascar National Parks citées par l’ONTM font état de 77 209 visiteurs malgaches dans les parcs nationaux en 2025, contre 70 715 en 2024, confirmant l’essor du tourisme intérieur déjà observé lors de l’ITM-IHM.

Fin mai, un format plus insolite a mis en valeur le patrimoine de la capitale : un rallye touristique en voitures de collection Citroën 2CV, organisé le 28 mai 2026 avec le club Madadeuchecar, a fait découvrir le centre historique d’Antananarivo à un groupe de visiteurs internationaux, entre la Haute Ville, le Palais de la Reine et le Lac Anosy, comme le raconte l’ONTM.

À la veille de l’ITM, Madagascar a aussi accueilli, les 13 et 14 juin 2026, la sélection africaine de l’International Catering Cup, l’une des compétitions les plus reconnues du métier de traiteur. Une première pour la Grande Île, qui a réuni des équipes venues de Côte d’Ivoire, du Gabon, de Maurice, du Togo et de Madagascar, avec, à la clé, une qualification pour la finale mondiale 2027 à Lyon, selon l’ONTM.

Actualités THR malgache premier semestre 2026

Hôtellerie et restauration : conformité, emplois et investissements

Au-delà de la fréquentation, l’actualité du semestre a aussi mis en lumière les besoins du secteur en matière d’organisation et de conformité. Une campagne de sensibilisation a rappelé aux opérateurs de restauration à Madagascar la nécessité de disposer d’autorisations en règle et de respecter les normes d’hygiène et les standards techniques applicables.

Sur le plan des moyens humains et matériels, les investissements récents dans l’hôtellerie-restauration et les activités de voyage ont permis de créer des emplois directs et d’augmenter la capacité d’accueil nationale, un signal positif pour un secteur encore en phase de consolidation.

La formation professionnelle, enjeu stratégique pour la qualité de service

La montée en qualité du secteur passe largement par la formation. En mars 2025, le ministère du Tourisme et de l’Artisanat a officiellement reçu le référentiel de formation « Chef d’équipe d’hébergement », fruit d’une collaboration avec le ministère de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle et l’IECD Madagascar, comme le confirme la FHORM – Fédération des Hôteliers et Restaurateurs de Madagascar. Ce référentiel s’inscrit dans une dynamique plus large : entre 2025 et 2026, l’Organisation Internationale de la Francophonie a également accompagné le ministère dans la professionnalisation des acteurs du tourisme durable, notamment via la validation des acquis de l’expérience, selon les informations publiées par l’OIF. D’ailleurs, d’autres initiatives et financements aux formations professionnelles tel que le FMFP accordent de plus en plus d’importance au secteur

Cette orientation reste pleinement pertinente en 2026, alors que les attentes des visiteurs deviennent plus exigeantes. La question n’est plus seulement de faire revenir les touristes, mais de garantir une expérience homogène, professionnelle et rentable sur l’ensemble du territoire.

Ce qu’il faut retenir pour les opérateurs du secteur

Le premier semestre 2026 dessine un secteur en reprise, mais encore exposé à plusieurs fragilités structurelles. Les chiffres de fréquentation sont encourageants, l’ITM 2026 et GASYK’ART Manja ont renforcé la visibilité internationale de la destination et les besoins en recrutement et en formation restent bien réels. Dans le même temps, la faiblesse du budget public alloué au tourisme et l’urgence de la mise aux normes rappellent que cette croissance ne sera durable qu’avec une approche structurée.

Pour les hôtels, restaurants, agences et investisseurs, les priorités sont désormais claires : améliorer la qualité de l’offre, professionnaliser les équipes, renforcer la visibilité commerciale et construire des modèles plus résilients face aux chocs conjoncturels et climatiques. C’est à ce prix que Madagascar pourra transformer l’élan de ce premier semestre en croissance touristique durable.

Vous portez un projet hôtelier, touristique ou de restauration à Madagascar et souhaitez structurer votre stratégie de croissance ou de mise en conformité ? Notre cabinet accompagne les opérateurs du secteur dans la définition de leur positionnement, l’optimisation de leur offre et la mise en place de pratiques durables adaptées au marché malgache.