Lutte contre le tourisme de masse : le temps des mesures

Que faire quand un touriste auto-centré grave son nom sur les pierres du Colisée à Rome, quand un autre balance des détritus sur un membre de la garde royale à Londres ? Que faire contre l’inflation proportionnelle à la fréquentation touristique dans certaines villes ? Comment lutter contre la pollution directement liée à l’afflux de touristes ? Depuis quelques années, de Barcelone à Venise en passant par Kyoto, Dubrovnik ou l’île de Boracay aux Philippines, les hauts spots touristiques se rebiffent. Découvrez comment !

Limiter le nombre d’hébergements

En 2017, une manifestation anti-touristes fortement suivie par les habitants de Barcelone dégénérait et se terminait par l’attaque d’un bus de touristes… Et ce n’est qu’un exemple, certes extrême, de démonstrations de ras-le-bol d’habitants de villes et de lieux victimes d’une hyper-fréquentation touristique. A Barcelone, depuis 2016, la mairesse, Ada Colau, s’est attaquée au problème en mettant en place une mesure drastique pour réguler le nombre d’hébergements, à travers un plan urbain de logement tourisme qui prévoit la stagnation et la régulation des hébergements touristiques.

Depuis, d’autres villes et pays ont emboîté le pas à la capitale de la Catalogne comme Venise où le nombre de nouvelles chambres d’hôtel est limité. A Majorque et Amsterdam, de nombreuses locations mises en ligne sur des plateformes telles qu’AirBnB ont carrément été interdites. En Islande, les personnes proposant des hébergements via AirBnB ne peuvent pas dépasser 90 nuitées par an et ce ne sont que quelques exemples d’une tendance qui se développe aux quatre coins de la planète.

Réguler la fréquentation des sites touristiques ou interdire leur accès !

Lorsque le tourisme de masse s’attaque à un site en particulier, réguler et limiter son accès est la solution la plus prisée pour lutter contre le sur-tourisme. A Angkor Wat, les autorités ont presque doublé les droits d’entrée au site – de 20 $ à 37 $ – en 2016 et pour limiter le nombre de visiteurs – 2,5 millions de touristes en 2017 -, elles ont aussi restreint l’accès au sanctuaire central du site à des groupes n’excédant pas 100 visiteurs en même temps. Aux Galapagos, ce sont les sorties en mer qui sont visées et régulées. Parallèlement, la découverte de l’archipel à pied est encouragée, à condition de se plier à 14 règles précises et de ne se rendre que dans les sites autorisés. Au Machu Pichu, seulement deux horaires de visites quotidiennes sont programmées et le site n’accueille pas plus de 5 000 visiteurs par jour. Dans la même veine, les autorités en charge d’endroits comme Santorin ou Dubrovnik ont adopté des mesures similaires. D’autres sont carrément allées plus loin en interdisant l’accès de certains sites menacés. Ainsi, en Thaïlande, les îles de Koh Khai Nok, Koh Khai Nui, et Koh Khai Nai au large de Phuket ont tour à tour été “fermées” au public le temps que la nature et la biodiversité reprennent leurs droits suite aux dégâts causés par les touristes. Il en est de même pour l’île de Boracay aux Philippines.

Réguler la hausse des prix des produits de base et réduire le nombre de commerces pour touristes

Non seulement le sur-tourisme a des conséquences néfastes sur l’environnement mais aussi sur le niveau de vie des locaux. Comment survivre dans certains quartiers quand les prix flambent ? A Barcelone, des mesures ont été prises pour réguler la monté des prix de l’immobilier mais aussi pour stopper l’invasion de nouveaux magasins destinés aux touristes.

A Amsterdam aussi, aucun nouveau commerce de souvenirs n’est autorisé à ouvrir ses portes dans le centre ville. Dubrovnik aussi est en train de réduire ses étals de babioles ainsi que le nombre de tables dans les restaurants. Quant à Venise, ce sont les fast-foods qui sont désormais interdits en centre ville !

D’autres mesures plus originales

Que faire contre le touriste mal élevé qui grave son nom sans aucun scrupule sur des vestiges millénaires, ou celui qui fait tomber une oeuvre d’art en pensant réaliser le selfie du siècle, ou encore celui qui nourrit avec n’importe quoi – voire saoule – les adorables cochons nageurs de l’île Big Major Cay aux Bahamas ? Les punir voyons ! De plus en plus d’autorités locales n’hésitent pas à verbaliser les touristes au comportement irrespectueux vis à vis de l’environnement et des locaux. Ainsi, par exemple, Rome et Venise ont établi un règlement répertoriant des règles de bonne conduite. Des règles entravées récemment par un couple de Berlinois pris en flagrant délit de préparation d’un petit café sur un réchaud au pied d’un des plus jolis ponts de la ville. Verdict : une amende de 950 euros ! Autre délit : la photographie… Et oui, à Kyoto, prendre des photos dans le fameux quartier de Gion, où vivent encore bon nombre de Geishas, est désormais interdit. Une décision prise par le comité des habitants dépité par les mauvaises manières de la plupart des touristes.

Cocorico

Quant à notre chère et douce France, elle n’est pas en reste. Le Sénat vient en effet d’adopter à l’unanimité des mesures pour lutter contre la sur-fréquentation de sites protégés tels que la dune du Pilat, le Mont-Saint-Michel ou encore le Mont-Blanc. Il en revient aux maires des communes concernées de les appliquer.

Source : Lutte contre le tourisme de masse : le temps des mesures

Tourisme durable : de l’indifférence à l’inquiétude et à l’action… enfin !

© INSTITUT COSTARICIEN DU TOURISME

Malgré les efforts et les engagements des uns et des autres, le réchauffement climatique n’a pas reculé, bien au contraire. Les climatologues sont désormais très sceptiques sur le point de non retour. Voilà qui devrait nous encourager à jeter tout notre poids dans la balance pour réduire l’impact du CO2. La bonne nouvelle c’est que, enfin, le mouvement s’est mis en marche et qu’il ne devrait plus s’arrêter. Du moins on l’espère…

Les premières évocations du réchauffement climatique généré par l’activité humaine datent réellement de la fin du siècle dernier.

Depuis, cette nouvelle donne de l’évolution de l’humanité a occupé les élites scientifiques et politiques de sommet en sommet et de COP en COP depuis 1992.

La prise de conscience des individus et des entreprises qui est passée du stade de l’indifférence à celui de l’inquiétude et enfin de l’action, a duré plus de 20 ans.

Des initiatives fédératrices, comme celles d’ATR ou de l’événement « Les Palmes du Tourisme Durable » organisé par TourMaG.com et ATD, ont permis de maintenir une actualité durable et de gagner jour après jour des acteurs à cette cause.

La permanence de ce militantisme n’a pas été évidente car, d’un coté, les écolos sceptiques mettaient un doute sur le diagnostic écologique des scientifiques, et de l’autre coté, les « effondristes » annonçaient l’apocalypse finale.

Refonte du processus de production

Cette période de doute et d’hésitation est, semble-t-il, terminée, surtout en analysant les annonces de grandes entreprises comme MSC ou Air France qui entraîneront inéluctablement d’autres entreprises du secteur touristique dans la transition écologique.

En effet, ces sociétés ne sont plus au stade de la « verdisation » de leur activité, mais à une refonte de leur processus de production, de commercialisation et de communication à cause ou grâce à des objectifs de carbone neutre.

Voilà les signes de reconnaissance qui montrent que la mutation verte d’une entreprise est sincère :

– quand les salariés d’une entreprise adhèrent et participent à un nouveau projet

– quand on définit un nouveau poste budgétaire conséquent pour se donner les moyens de ce nouveau projet.

Sans les ressources humaines et financières correspondantes, la volonté affichée est peut-être louable, mais ne reste que de la communication.

Air France investit plusieurs millions d’euros

Observons non pas les déclarations, mais les actions entreprises par Air France :

– le renouvellement de la flotte par des appareils Airbus économisant de 20 à 26% de carburant et donc autant de CO2

– l’implication du personnel navigant dans la recherche des allègements dans les avions, le poids étant l’ami du CO2

– la formation à l’ « écopilotage » permettant la réduction de 2 à 3% des consommations

– une maintenance plus performante

– le remplacement des engins de piste par des engins électriques

– la compensation de 100% des vols domestiques

– la compensation volontaire par des actions de reforestation.

Les moyens engagés pour parvenir à cet objectif de transport neutre en carbone sont de l’ordre de plusieurs millions d’euros.

Cet objectif et les moyens humains et financiers qu’Air France consacre à sa transition sont structurants.

Anne Rigail, la DG de la compagnie, le déclare : « nous voulons être les pionniers et les leaders de la révolution verte du transport aérien ».

Cette affirmation forte n’est pas, bien entendu, motivée par la seule défense de la planète, mais intègre dans le développement des entreprises l’inéluctable transition écologique, symbole et vecteur à la fois de modernité, de progrès et de rentabilité.

Cette approche et ce nouveau challenge que représente la croissance verte allie l’idéologie écologique générationnelle avec un nouveau management motivant, un pragmatisme économique, et un nouveau mode de communication.

Elle signifie aussi : cessons de douter et de geindre, avançons !

Source : Tourisme durable : de l’indifférence à l’inquiétude et à l’action… enfin !

Tourisme durable : ce que les compagnies de croisières font déjà

Traçabilité des déchets, éducation des passagers… Les principales compagnies de croisières assurent travailler sérieusement sur la question de la préservation de l’environnement et tentent de mettre fin aux préjugés.

Après la prise de conscience, les actions. À l’occasion du dernier IFTM Top Resa, début octobre, quelques-unes des principales compagnies de croisières ont échangé autour de la question du tourisme durable. Un véritable enjeu pour l’ensemble des acteurs de ce secteur, souvent pointé du doigt au sujet de la pollution.

« Je crois que certains modes de croisière posent des problèmes environnementaux aujourd’hui, et le nier serait une erreur. La croisière est en danger mais il y a une vraie prise de conscience sur ce problème, d’ailleurs parois exagéré par les médias », a expliqué en préambule Lionel Rabiet, directeur de Croisières d’exception.

Un avis pas tout à fait partagé par Patrick Pourbaix, DG de MSC Croisières : « Cela ne fait pas très longtemps qu’existe le cruise bashing et nous n’avons pas réagi immédiatement. Nous avons été surpris de cette image erronée de notre impact sur l’environnement. La première fausse idée est de penser que les compagnies sont passées à côté de ces enjeux environnementaux ». Ce que constate aussi Costa Croisières France« La croisière est injustement montrée du doigt, elle est déjà très vertueuse sur les questions environnementales. L’environnement est au coeur de nos préoccupations depuis le début des années 2000 », rappelle son président, Georges Azouze.

Fuel léger et traçabilité des déchets

Passé ce constat, les professionnels du secteur ont en effet souhaité mettre en avant l’impact, plus mesuré qu’on ne le pense, de la croisière sur la planète. Sur 50 000 bateaux qui naviguent dans le monde pour des raisons commerciales, ce sont moins de 300 bateaux de croisières, petits et grands, qui sont dénombrés. Et les actions à bord de ces derniers se multiplient.

 « Nous avons trois axes de travail : l’utilisation à 100% de fuel léger – ce qui implique un véritable effort financier -, la traçabilité des déchets (avec aucun rejet en mer) et l’implication des populations locales dans la préparation des croisières », explique Wassin Daoud, responsable développement durable chez Ponant. Du côté de Costa Croisières, qui indique également utiliser un fuel léger pour les navires à quai, la préservation de l’environnement passe aussi par l’installation de nouveaux systèmes à bord des paquebots. « En cette fin d’année, l’ensemble de nos bateaux sont équipés de scrubbers. Il s’agit d’un système de lavage des fumées qui permet de réduire les émanations de 90 %. Costa est aussi très en avance sur la question du tri des déchets », ajoute Georges Azouze.

Même son de cloche chez MSC, qui a également mis en place une politique de traçabilité des déchets, avec l’élimination des plastiques jetables ou le recyclage. Sans oublier « l’éducation » des passagers, avec une communication sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire : ne pas jeter de déchet par dessus bord, réutiliser ses serviettes, signer une charte de bonne conduite à terre… Parce que la pollution peut également se faire pendant les escales. Encore plus sur des destinations touchées par le surtourisme.

Mais que faire, alors, face au tourisme de masse ? Là aussi, quelques rappels s’imposent, selon MSC. « Pour Venise, on accuse les bateaux de croisières, alors que sur les 31 millions de touristes estimés pour 2019, seuls un peu plus d’un million sont des croisiéristes », précise Patrick Pourbaix. Un avis nuancé par Lionel Rabiet, selon lequel « la croisière a tout de même un impact sur les surtourisme. Les grands bateaux ont besoin d’être remplis et vont sur les marchés qui y sont consacrés. Il y a donc une concentration sur les mêmes villes, à l’instar de Marseille ».

Mener une initiative commune ?

Un problème qui viendrait également des voyageurs. « Nous ne demandons pas mieux que de changer nos itinéraires et nos escales, mais il y a un effet marketing. Le client attache ses envies à ses connaissances et au fait que, si tout le monde se rend sur une destination, c’est qu’elle est bien », surenchérit Patrick Pourbaix.

De son côté, Ponant assure être dans une démarche plus globale. « Nous faisons une étude d’impact global et social avant un débarquement sur une destination. C’est un travail fait plusieurs années en amont. Quand une croisière se fait aujourd’hui, elle a été préparée il y a déjà 4 ou 5 ans », explique Wassin Daoud.

S’il existe encore des défis à relever, tous restent cependant optimistes sur l’avenir. « C’est déjà un moment historique, car c’est la première fois que nous dévoilons toutes les initiatives que nous mettons en place pour la protection de l’environnement », s’enthousiasme le DG de MSC Croisières. « Et pourquoi ne pas mener une initiative commune avec les Entreprises du voyage ? », lance Lionel Rabiet, président de la section Ile-de-France du syndicat. Avant de conclure : « Il faut que le voyageur puisse être fière d’avoir été passager d’une croisière !».

Source : Tourisme durable : ce que les compagnies de croisières font déjà

Tourisme durable France : “je peux vous dire que nous allons embêter le gouvernement”

Interview de Guillaume Cromer, directeur du cabinet ID-Tourism

Emportée par la rage et les bons mots de Greta Thunberg, la problématique écologique s’est emparée de l’ensemble des piliers de l’économie en passant même par le tourisme. Nous avons profité des rencontres nationales du etourisme de Pau pour faire un point avec Guillaume Cromer, directeur du cabinet ID-Tourism, sur l’étude commandée par le gouvernement auprès de l’ADEME (Agence Environnement et Maîtrise Energie).

TourMaG.com – Comment percevez-vous les faillites actuelles dans la profession ?

Guillaume Cromer : Je ne ferai pas de raccourci direct par rapport à la transition nécessaire vers un tourisme durable. Ma vision est que Thomas Cook est une vieille maison qui n’a pas réussi à bien mener sa transition digitale, mais aussi de clientèle.

Quant aux compagnies aériennes, en ayant bien suivi le sujet, j’ai compris que la problématique n’était pas si simple et pas seulement liée à des questions de marché ou de honte de prendre l’avion.

S’il est certain que c’est une situation triste pour les salariés, je combats la vision low cost du tourisme.

Je ne me réjouis pas, mais ce sont des modèles économiques tellement fragiles que je préfère que les entreprises adoptent d’autres modèles plus solides, dans l’anticipation des nouveaux besoins, comme l’environnement.

TourMaG.com – Pensez-vous que les modèles low cost ont atteint un point de bascule ?

Guillaume Cromer : Ces entreprises pour perdurer s’appuient sur un important travail de cost-killer, mais sont largement dépendantes des bouleversements, quand par exemple les externalités ne sont plus favorables.

Il est certain que si le prix du baril explose, et que des problématiques liées à ces sujets-là s’ajoutent, il sera plus compliqué d’alimenter leur modèle de croissance.

Ces entreprises ne survivent que par la croissance.


“il n’y a pas de solution alternative à la propulsion d’avion par le pétrole…”

 

TourMaG.com – Pour en revenir au carburant, l’alternative au tout pétrole dans l’aérien n’existe pas et n’est pas près d’arriver…

Guillaume Cromer : Exactement, nous avons eu ce débat à Top Resa, avec Marc Rochet et Gérard Feldzer. Il est amusant de noter le changement de regard de Gérard Feldzer sur la question en seulement 10 ans.

En 2019, il reconnaît qu’il n’y a pas de solution alternative à la propulsion d’avion par le pétrole avant au minimum 40 ans. Les innovations n’avancent pas beaucoup sur le sujet.

D’ailleurs il y a dix ans, Gérard Feldzer avançait déjà ce laps de temps de quatre décennies comme point de rupture. Il était plus optimiste par le passé, son opinion a évolué.

A Top Resa, je l’ai senti plus pessimiste et alertant sur le fait qu’il risque d’y avoir un problème à un moment donné.


Une étude auprès de l’ADEME

TourMaG.com – Pourtant nous sentons un frémissement du côté de l’Etat pour avancer sur la question du tourisme durable. Les rapports s’enchaînent sur les bureaux du gouvernement…

Guillaume Cromer : Il y a un climat positif autour de la question. Un autre rapport a été remis par les députés sur la question du tourisme en France dans son ensemble, en traitant énormément de la question du tourisme durable.

Les élus ont, dans le même temps, abordé des points qui ne vont pas dans le bon sens, comme le développement des aéroports de province.

Pour revenir à votre observation, Jean-Yves Le Drian et Jean-baptiste Lemoyne ont commandé une étude auprès de l’ADEME (Agence Environnement et Maîtrise Energie), pour établir des préconisations concrètes pour soutenir le tourisme durable.

Avec Acteurs du Tourisme Durable (ATD) et d’autres collectifs, nous avons été auditionnés. Nous avons participé à des travaux de groupes et de construction de ce plan.

Ce rapport sera remis au ministère prochainement. La question que nous nous posons tous : que va faire le gouvernement de ces recommandations ? Sera-t-il un énième rapport à finir aux oubliettes ?


“Le gouvernement ouvre des portes, nous entrons dedans, à lui d’assumer”

TourMaG.com – D’autant plus que nous parlons d’un gouvernement n’ayant pas de ministre du Tourisme et qui semble peu se soucier du secteur. Les signaux laissent peu de place à l’optimisme…

Guillaume Cromer : Oui, nous entendons trop peu le gouvernement sur la question du tourisme malheureusement.

Mais le rapport a quand même été commandé par les ministres eux-mêmes, donc la volonté est réelle. J’espère juste qu’ils ont envie d’apporter des solutions.

En tant qu’Acteurs du Tourisme Durable, nous savons quelles recommandations nous avons faites et nous allons suivre les propositions et réalisations du gouvernement.

Il nous sera possible de donner une note tous les six mois, d’établir un monitoring des engagements de l’Etat, avec ce qui a été fait ou non. Je peux vous dire que nous allons embêter le gouvernement.

Il existe un contrepoids mené par la société civile et les professionnels. Le gouvernement ouvre des portes, nous entrons dedans, à lui d’assumer.

TourMaG.com – Quelles sont vos préconisations ?

Guillaume Cromer : La première est basique : nous devons avoir une stratégie de développement du tourisme durable en France.

Notre pays doit avoir rédigé à horizon 2024, un plan avec des objectifs précis sur les questions de la mobilité, ou pour réduire notre bilan carbone touristique, mais aussi pour booster les hébergements engagés en France, etc.

Ensuite, il y a toute une gouvernance nécessaire à mettre en place afin d’assurer la bonne conduite des missions et réaliser les objectifs. Si le gouvernement se dote d’une stratégie sur les 5 prochaines années, ce serait déjà pas mal.


“Avec ATD, nous devons aller chercher le mainstream…”

TourMaG.com – Aux rencontres nationales etourisme de Pau, nous avons pu nous rendre compte que les territoires sont très sensibles à la question. Les institutionnels semblent-ils réellement prêts à effectuer cette transition ?

Guillaume Cromer : Je pense que tout le monde doit faire sa part des choses. Il faut reconnaître que les territoires (Offices de tourisme, CRT, CDT, etc.) ont pris conscience de l’urgence de la situation et qu’ils sont prêts à se bouger.

L’engagement est réel, même s’ils se demandent beaucoup comment faire et se limitent bien souvent à des petites actions, sans rentrer réellement dans le dur de la question.

Par exemple, certains Offices de tourisme pourraient arrêter de draguer les touristes de marchés lointains, pour éviter les bilans carbone désastreux des visiteurs.

Au départ, le tour-operating était très engagé sur la question, avec notamment les TO d’aventure comme Voyageurs du Monde et d’autres, mais il faut que l’industrie aille plus loin.

Avec ATD, nous devons aller chercher le mainstream, par exemple nous accompagnons Kappa Club dans leur stratégie de développement durable et nous devons multiplier ces conversions.

Je pense que de plus en plus de responsables ont compris que le développement durable devait rentrer dans l’ADN des entreprises et dans le business de la boîte.

TourMaG.com – Bien souvent l’écologie est vue comme un frein pour le business, mais si les acteurs s’y prennent maintenant, elle peut devenir une opportunité de business ?

Guillaume Cromer : Bien sûr, l’écologie représente des opportunités et elle évite de se faire lyncher sur la scène médiatique et dans la société civile.

Prenez les compagnies aériennes, l’industrie est au cœur du cyclone. Les transporteurs ne sont pas prêts et ne se sont pas posé la question.

Si un tour-opérateur s’intéresse à la problématique environnementale et mène des actions via une stratégie RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), quand des gens tendent le micro, les patrons ont des choses à dire. Dans le cas contraire, les responsables improvisent et répondent à côté de la plaque.

Et je peux vous dire que la pression médiatique de Greta Thunberg va faire que le soufflet ne va pas retomber.

TourMaG.com – Justement, comment analysez-vous le traitement médiatique négatif pesant sur Greta Thunberg en France ?

Guillaume Cromer : Je ne pense pas que les médias lui fassent un traitement médiatique si négatif, mais ce sont plutôt les Laurent Alexandre et consorts qui lui crachent dessus avec un écho extraordinaire.

Personnellement, je suis fan de ses arguments et ce qu’elle dit est simple : lisez les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et des scientifiques. Elle ne propose pas de solution, mais simplement d’écouter ceux qui savent.

J’invite juste tous les scientifiques à lire les rapports du GIEC et écouter les scientifiques. A partir de là, il sera possible de faire évoluer les choses.

Les impacts du changement climatique dans les 5 ou 10 ans à venir vont faire des dégâts énormes dans notre secteur. En adaptant les offres, les séjours et en arrêtant des destinations, ce sera compliqué.

Source : Tourisme durable : “je peux vous dire que nous allons embêter le gouvernement”

Le Costa Rica joue la carte d’un tourisme durable

Le pays progresse sur le marché français, fort d’un positionnement de destination verte aux espaces naturels préservés, loin d’un tourisme de masse développé par certains de ses voisins d’Amérique latine.

A l’heure où les questions environnementales sont devenues si importantes au niveau mondial, avec des répercutions dans le secteur du voyage, le Costa Rica se positionne comme une destination nature et responsable depuis 25 ans. « Dès le début, notre pays s’est engagé sur la voie de l’écotourisme avec une protection forte de la nature. Nous avons choisi d’éviter un tourisme de masse avec, par exemple, 99% de nos hôtels ont moins de 40 chambres », soulignait María Amalia Revelo Raventós, la ministre du tourisme du Costa Rica sur le dernier salon IFTM Top Resa.

Le pays d’Amérique Centrale attire ainsi les chaînes haut de gamme à l’esprit durable à l’image de Six Senses qui a annoncé l’ouverture pour 2021 d’un établissement de 41 villas sur la péninsule Papagayo avec vue sur l’archipel de Guanacaste. Marriott développe également un resort de luxe pour son enseigne Ritz Carlton sur cette même péninsule. « La destination est de fait chère, mais les clients sont satisfaits de leur voyage et estiment en avoir pour leur argent », reconnait-elle.

Le marché français en progression en 2018

480 000 touristes européens

Et María Amalia Revelo Raventós de préciser : « La durée moyenne de séjour est de 17 nuits pour les 480 000 visiteurs européens avec de 5 à 7 lieux visités, ce qui entraîne d’importantes retombées économique pour les territoires ». L’amélioration de la qualité de vie des habitants grâce au tourisme est en effet l’une des préoccupations du gouvernement du président Carlos Alvarado Quesada.

Fort de ces bons résultats, le Costa Rica n’entend pas ralentir la cadence sur l’environnement avec la poursuite de son programme de reforestation. « Nous devons coller à cette image de pays vert qui attire les touristes. Les forêts couvrent désormais 52% de la superficie du pays, dont la moitié de réserves naturelles, contre 20% seulement il y a 20 ans », justifie María Amalia Revelo Raventós.

Une meilleure gestion des déchets, la suppression des plastiques jetables et le recours aux énergies vertes (hydroélectricité, solaire et géothermie) figurent également sur la feuille de route. Le Costa Rica s’est en effet engagé à être « carbon neutral » en 2050 dans le cadre des accords de Paris de la Cop21.

Source : Le Costa Rica joue la carte d’un tourisme durable

Palmes du Tourisme Durable : ouverture officielle des candidatures à la 3e édition !

Les candidatures à la 3e édition des Palmes du Tourisme Durable sont désormais ouvertes sur le site web dédié : www.palmesdutourismedurable.com. Cette année, en partenariat avec l’UMIH, nous ajoutons une nouvelle catégorie : la restauration.


Après le succès de la 2e édition en 2018, TourMaG.com et ATD, avec leurs partenaires ATR et leurs sponsors, mettent en route la 3e édition des Palmes du Tourisme Durable.
Les candidatures sont d’ores et déjà ouvertes sur le site “Palmes du Tourisme Durable (cliquez) et le concours se partage en 3 grandes catégories avec, cette année une nouveauté : la création de la sous-catégorie “Restauration”.

Comment cela se présente-t-il ? Trois catégories :

– DESTINATION, qui met en avant les projets d’une destination étrangère

– TERRITOIRE FRANÇAIS, qui met en avant les projets d’une destination en France

– OPEN.


Cette dernière catégorie est ouverte à tous les professionnels du tourisme et répartie en 7 sous-familles :

Hébergement : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative tourisme durable mise en place par un hébergeur (chaîne hôtelière, hôtel, résidence hôtelière, hôtel club, villages vacances, meublés de tourisme, village d’hôte…)

Restauration : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative tourisme durable mise en place par un service de restauration.

Transport : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative tourisme durable mise en place par un transporteur (autocaristes, compagnie aérienne, compagnie ferroviaire, solution de mobilité douce…)

Voyage : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative de tourisme durable mise en place par un voyagiste (tour opérateur en ligne et physique, agence de voyage en ligne et physique, réceptif français ou intégré, compagnie de croisière,…)

Loisir : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative de tourisme durable mise en place par un prestataire de loisirs (parc de loisirs, musée, site de visite, activités touristiques…)

Territoire & destination : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative de tourisme durable mise en place par une collectivité (office de tourisme français, CRT, CDT, CCI, offices de tourisme étrangers représentés en France…)

Information : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative de tourisme durable mise en place par un média ou un organisme de formation (guide de voyage, blogs, magazine, émission…)

Start-up : La palme remise dans cette catégorie récompensera la meilleure initiative de tourisme durable mise en place par une start-up.

Source : Palmes du Tourisme Durable : ouverture officielle des candidatures à la 3e édition !

France : Les Universités du Tourisme Durable

Les Universités du Tourisme Durable reviennent pour une 5ème édition, les 3 et 4 octobre à La Rochelle.

Après Paris, Vannes, Clermont-Ferrand et Lyon, c’est donc en Charente-Maritime que les professionnels du tourisme sont invités à se retrouver pour faire émerger des solutions d’avenir en matière de développement durable dans le tourisme. 

Organisé par l’association ATD – Acteurs du Tourisme Durable, le 1er réseau de professionnels engagés pour un tourisme durable, avec Excelia Group et Charentes Tourisme, cet événement constitue un moment de réflexion incontournable pour se retrouver, échanger, et travailler ensemble autour des enjeux de développement durable.

Cette année, ces journées auront pour thématique transversale le « zéro ». Alors que l’on n’a jamais autant parlé des impacts du tourisme sur l’environnement et que la France attend 100 millions de touristes en 2020, intervenants et participants réfléchiront aux solutions qui existent pour tendre vers des activités zéro émission, zéro déchet, zéro voiture… A l’inverse, mais toujours avec le même objectif de durabilité, les initiatives visant le 100 % seront également mises en lumière : 100 % local, accessible, autonome.

Si la première journée est consacrée aux ateliers et tables-rondes, la deuxième journée offre l’occasion d’expérimenter des initiatives de tourisme durable sur le territoire. La Rochelle, pionnière en matière d’écologie urbaine et notamment sur le plan des mobilités, sera à coup sûr un terrain d’inspiration pour les participants.

Des solutions concrètes, du réseautage et de la convivialité en perspective : un rendez-vous à ne pas manquer ! 

Source : Les Universités du Tourisme Durable

Le tourisme peut-il encore être durable ?

Le prochain départ de Greta Thunberg, la jeune égérie de la lutte contre le changement climatique, pour les Etats-Unis par voie maritime plutôt que par avion, a pour but d’enfoncer le clou. Avec l’explosion du tourisme de masse et des vols bon marché, la terre et ses lieux de villégiature arrivent progressivement à saturation.

Comment en est-on arrivé là ?

Le voyage d’agrément existe depuis l’Antiquité, mais c’est en 1803 que le terme « touriste » apparaît dans la langue française, dérivant du mot anglais “tourist” apparu en 1800, désignant des voyageurs parcourant des pays étrangers avec d’autres buts que les affaires, l’exploration scientifique ou le prosélytisme religieux, avant de revenir chez eux. Au tout départ, le touriste était un étudiant britannique de bonne famille qui faisait le Grand Tour des pays d’Europe pour parfaire son éducation et parfois trouver sa promise. Le tourisme anglais s’est ensuite développé avec les bains de mer sur la côte Atlantique et en Méditerranée.

Depuis, le tourisme a essaimé partout dans le monde. Il est devenu un phénomène massif et mondial. En 2018, le nombre de touristes dans le monde a atteint 1,4 milliard de personnes, avec la plus forte croissance enregistrée en Europe et en Afrique. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, la croissance touristique a été de 8 % en Europe avec la France qui est restée la première destination touristique mondiale (cocorico, 90 millions de visiteurs) devant l’Espagne et les États-Unis. Paris, ville la plus touristique au monde accueille à elle seule 29 millions de visiteurs.

En terme de ratio, l’Islande remporte la palme, avec 2,2 millions de touristes pour 300 000 habitants. Mais c’est certainement à Barcelone que le ras-le-bol contre l’invasion du tourisme s’exprime le plus fort, face à la difficulté de se loger à prix décent et à la perte des commodités propres à la vie de quartier. Face au poids de l’impératif économique et de croissance, le tourisme n’a en effet pas toujours été conçu pour se concilier avec les besoins et capacités d’accueil du territoire.

Face à cet état d’exaspération des populations locales et à une saturation touristique de certains territoires entraînant une dégradation de l’environnement, la problématique du tourisme durable a émergé.

Pour l’Organisation mondiale du tourisme, le « Développement touristique durable satisfait les besoins actuels des touristes et des régions d’accueil tout en protégeant et en améliorant les perspectives pour l’avenir. Il est vu comme menant à la gestion de toutes les ressources de telle sorte que les besoins économiques, sociaux et esthétiques puissent être satisfaits tout en maintenant l’intégrité culturelle, les processus écologiques essentiels, la diversité biologique, et les systèmes vivants. »

Le tourisme durable s’inscrit ainsi dans une dynamique qui articule des modes de déplacements, de production et de consommation éco-responsables, tout en associant étroitement les populations qui vivent, travaillent ou séjournent dans l’espace concerné au projet de développement touristique et aux retombées socioéconomiques, équitablement répartis.

Ce développement suppose un aménagement et une gestion intégrée des ressources, une maîtrise des flux (d’énergie, de biens et personnes) qui implique donc la participation étroite des acteurs locaux, et une écoresponsabilité des touristes et des acteurs professionnels. Ces derniers devraient être amenés à mettre en balance l’impact économique avec les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités. Concrètement, refuser de faire ou de proposer un aller-retour d’un weekend demande une responsabilisation de l’offre et de la demande.

Au niveau individuel, soutenir un tourisme durable peut s’apparenter à faire du tourisme éthique. Pour réellement changer les choses, il faudrait voyager moins loin et/ou plus longtemps. Dans cette perspective, les voyageurs devraient être mieux informés (ou mieux s’informer) des impacts de leurs voyages afin de choisir des formules éthiques sans ressentir de la contrainte.

Rodolphe Cristin, sociologue et auteur de “l’Usure du monde : critique de la déraison touristique”, est sceptique : “le tourisme éthique a réussi à créer un nouveau segment commercial, mais il n’a pas la capacité de se substituer au tourisme existant. Et s’il y parvenait, il ne resterait pas éthique bien longtemps”.

Par ailleurs, les vacances étant fortement liées au plaisir et à l’absence de contraintes, il appartient à chacun de se faire son propre jugement et de trouver son équilibre. Les solutions individuelles ne pourront d’ailleurs faire sens qu’avec un sursaut collectif global.

Le tourisme permet de créer du lien dans un monde qui en demande toujours plus. Il contribue à 10 % du PIB mondial. Sa trop grande concentration dans quelques sites majeurs est un défi. Sans doute qu’une meilleure valorisation des sites secondaires contribuerait à équilibrer la balance.

Source : Le tourisme peut-il encore être durable ?

Les palmes du tourisme durable reviennent à la rentrée pour la 3ème édition

FORTS DU SUCCÈS DES DEUX PREMIÈRES ANNÉES, LES PALMES DU TOURISME DURABLE SE PRÉPARENT À REVENIR POUR UNE 3ÈME ÉDITION !

Organisées par l’association ATD – Acteurs du Tourisme Durable et le media professionnel Tourmag.com, elles mettront une nouvelle fois à l’honneur les initiatives les plus innovantes en matière de développement durable dans le tourisme, portées par des professionnels engagés.
Les candidatures ouvriront en septembre 2019, toujours réparties en 7 catégories : Transport / Voyage / Hébergement / Loisirs / Territoire & Destination / Information & Formation / Start-Up.
Préparez d’ores et déjà votre dossier ou parlez-en autour de vous !

Source : Les palmes du tourisme durable reviennent à la rentrée pour la 3ème édition

France. Ils sont hôteliers, restaurateurs, et ont décidé de s’engager pour le durable…

Où en est-on côté durable dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration ? Quelles sont les avancées réelles ? Lors d’une table ronde organisée par l’Ecole française de gastronomie et de management hôtelier Ferrandi Paris, un panel de professionnels du tourisme, chercheurs et consultants ont détaillé les nombreuses mesures concrètes qu’ils ont mis en place pour aller au-delà des déclarations de bonne intention et montrer qu’ il est aujourd’hui possible de combiner rentabilité économique, professionnalisme, plaisir, et développement durable !

Le plaisir avant tout !

Il faut le répéter, le scander, le marteler, le plaisir avant tout – quand le durable n’est pas antinomique du bien être et du bien-manger. Restaurateurs engagés, François Pasteau (L’Epi dupin) et Simon Auscher (Tannat et Anna) n’ont cessé de le rappeler. C’est avant tout une belle assiette garnie concoctée avec de bons produits, frais, de saison, parfois venus d’un potage partenaire ou personnel, qui va garantir la fidélité du client. Quant au durable, on peut ou pas communiquer sur ses actions, mais ce n’est pas l’argument premier. Et certains ont plus la fibre que d’autres… François Pasteau : « J’avais ça dans mon ADN, une éducation, des valeurs familiales, mais il faut rappeler qu’en 1978, quand je suis entré dans le métier, de nombreux chefs travaillaient avec cet esprit, en respectant le produit. Je continue ainsi et je le transmets à mes équipes. Mais attention, je ne suis pas un intégriste du durable, on fait au mieux, avec nos propres contradictions. » Simon Auscher : « Je crois que ça a basculé le jour où on a reçu des oignons du Maroc, là on s’est dit stop, et on a décidé de travailler avec des produits locaux en choisissant la solution d’un potager bio partagé avec l’association Tomato & Co. Ils sont à moins d’une heure de Paris et on peut ainsi contrôler notre carte. » L’Epi Dupin aussi, avait fait le choix du potager Tomato & Co mais à la longue, cela s’est avéré trop cher et il a préféré se tourner vers d’autres fournisseurs.

Durable, oui, mais rentable, envers et contre tout !

Car l’équation est complexe, hôteliers et restaurateurs sont en permanence sur un fil, pris entre le plaisir client, l’exigence économique, et l’envie de faire au mieux pour la planète. Et les chiffres sont là, rappelés par Ophélie Mugel, enseignante chercheuse à Ferrandi : le tourisme au niveau mondial représente  8% des GES (gaz à effet de serrre). Une nuit d’hôtel 10,5 kg de CO2… Il y a urgence. Mais comment faire ? General Manager du Marriott Renaissance Arc de Triomphe, Solveig Herth explique  que leur bête noire reste le plastique. « Nous n’avons pas encore trouvé d’alternative aux bouteilles d’eau en plastique, indispensables pour nos clients qui paient entre 400 et 700 € la nuitée. Mais, avec 7 000 hôtels dans le monde, près d’un million de chambres, je vous laisser imaginer le nombre de bouteilles. On réfléchit sérieusement à une autre solution, également recevable pour nos clients. » Et si le groupe hôtelier est aussi préoccupé, c’est qu’il a d’ores et déjà une politique proactiveen matière de développement durable, avec la valorisation de ses déchets alimentaire par Moulinot, un partenariat avec WWF autour de la pêche durable, la mise en place de l’étiquette environnementale avec Betterbly tourism et de nombreuses actions et mobilisations  de ses équipes internes (courses d’orientation autour de collectes de déchets, footing utiles, etc.). Solveig Herth : « La mise en place de l’étiquette environnementale implique une analyse poussée de nos chambres (15% !), de nos produits, de nos consommations. Nous avons ainsi identifié qu’au petit-déjeuner, 30% de nos coûts venaient des fruits frais, que nous avons choisi de présenter différemment. Surtout, grâce à cet investissement, nous avons gagné 33 000 € en énergie non dépensée. » Un chiffre confirmé par Hubert Vendeville, CEO de Betterfly tourisme, rappelant que l’intérêt de la démarche, au-delà de la note délivrée par l’étiquette (pas toujours flatteuse au départ), aide avant tout à optimiser ses coûts dans le sens du durable : « En moyenne, nous pouvons aider à optimiser les coûts à hauteur de 83 centimes par client, soit 1,66 € par chambre. Pour un groupe comme le Marriott où il est question d’un million de nuitées par an, on arrive effectivement à une échelle comprise entre 20 000 et 40 000 € d’économie. »

Labels ? Oui ou non ? Tout est possible !

Toutefois, le groupe Marriott a fait le choix de ne pas afficher ses labels. Il préfère se concentrer sur l’animation de ses équipes et des actions concrètes. C’est au-delà du client. A l’Epi Dupin, François Pasteau a quant à lui fait le choix de se passer des labels. « Je ne fais pas la course au label, mais j’opte pour des produits de saison, de proximité, et je l’utilise de A à Z. On préfère payer plus cher le produit mais mieux le valoriser. Par exemple, je vais récupérer le jus de cuisson de mes causses de petits pois pour faire un sorbet. Il faut être inventif ». Ce qui ne l’empêche pas d’être également très investi, notamment à travers la présidence d’Ethic Ocean, association qui a fait de la pêche durable le cœur de son action avec, chaque année, l’édition d’un guide des espèces. Simon Auscher, en revanche, a réalisé avec le label Ecotable qu’il y avait une clientèle sensible au durable qui venait aussi pour cela : « Les clients sont en attente du durable. On reçoit des personnes qui viennent pour le label et nous ont connu par Ecotable. Je n’avais jamais vu ça avant. » Et chez Tannat et Anna aussi, les actions concrètes sont nombreuses : réception de carcasses d’animaux ou de bêtes entières pour éviter la prolifération du plastique des emballages sous vide, recyclage des déchets en énergie, mise en place d’un menu végétarien, etc.

Et demain d’autres encore pour s’engager ?

Une chose est donc bien claire, les choses bougent dans l’hôtellerie et la restauration et ce, concrètement ! Les plus avant-gardistes ont bien compris que le client du moment apprécie ceux qui se démènent pour le développement durable. Évidemment, la route est encore longue, l’engagement demande du temps, n’exclut pas les contradictions, refuse l’intégrisme, s’envisage en paliers, en marges de progression. François Pasteau : « Il faut rester honnête. On a tous nos contraintes, nos contradictions. A l’inter saison, j’ai des radians sur ma terrasse, je n’ai pas le choix, même si ce n’est pas économe en électricité. En revanche, je trie mes biodéchets, et cela me coûte 250 € de taxe d’ordure ménagère par an à laquelle s’ajoutent 400 à 500 € par mois de valorisation. » Et puis, comme le rappelle Ophélie Mugel, il faut faire envie aux consommateurs, rendre l’alimentation durable sexy. Or, le client d’aujourd’hui est un être « fragmenté, pris entre recherche d’expériences, envie de bien-être mais courant toujours après le temps… Pas facile pour les professionnels de s’adapter à autant de paramètres. Dans la salle, une question fuse, une jeune fille travaille chez un traiteur et s’interroge sur comment trouver des fournisseurs responsables pour des produits calibrés quand les commandes arrivent du jour au lendemain. La contrainte de l’immédiateté complique la donne. Simon Auscher propose d’essayer un maraîcher bio à Rungis. François Pasteau relève avec la malice l’utilisation du mot « calibré » pour définir les produits. « Attention, précise-t-il, c’est à l’homme à s’adapter à la nature, pas l’inverse. » C’est si juste, même s’il faut se réjouir que toute la chaine jusqu’aux traiteurs comment à s’interroger et à trouver des solutions plus durables. Oui, la route est encore longue, mais déjà, les chemins de traverse se multiplient !

Source : Ils sont hôteliers, restaurateurs, et ont décidé de s’engager pour le durable…